le communisme vu par 2 marxistes italiens

Publié le par contrepoison

Grosz Secret Emperor.L

Michael Hardt Antonio Negri

Philosophes politiques et militants communistes "situationnistes".
Auteurs de Labor of Dionysus, a Critique of the State-form, University of Minnesota Press, Minneapolis 1994 ; Empire, Havard University Press 2000, Exils Editeur, Paris 2001.
Antonio Negri est l'auteur de nombreux ouvrages, dont La Classe ouvrière contre l'Etat, Galilée, Paris 1978 ; L'Italie rouge et noire, Hachette, Paris 1985 ; Spinoza subversif, Kimé, Paris 1994 ; Marx au-delà de Marx, L'Harmattan, Paris 1996.

1
L'Empire se matérialise sous nos yeux. Au cours des dernières décennies, avec l'obolition des régimes coloniaux et plus vite encore après l'effondrement final des barrières soviétiques devant le marché du monde occidental, nous avons assisté à une irrésistible et irréversible mondialisation des échanges économiques et culturels. A côté du marché mondial et des circuits mondiaux de production ont surgi un ordre mondial, une logique et une structure nouvelles de pouvoir - en bref, une nouvelle forme de souverainété. L'Empire est le sujet politique qui règle effectivement les échanges mondiaux, le pouvoir souverain qui gouverne le monde.
Empire, p. 15.

2
Dans les années soixante, les puissances coloniales européennes perdaient territoire sur territoire et leur contrôle s'évanouissait. Comme des boxeurs vieillissants, ils commencèrent à quitter le ring, et les Etat-Unis montèrent à leur place, en nouveaux champions. Les militaires américains ne doutèrent pas un seul instant qu'ils étaient assez forts pour éviter le genre d'humiliation que les Français avaient subie à Dien Bien Phu. Durant leur brève mainmise sur le Viet Nam, les Américains se comportèrent avec une violence, une brutalité et une barbarie qui dépassaient largement toutes les exactions impérialistes des puissances européennes ; il semblait qu'ils eussent à coeur de se monter les légitimes héritiers des puissances européennes, en revêtant le manteau de l'impérialisme et en les surpassant sur ce terrain.
Ibidem, p. 225-226.

3
La nation n'a pas été seulement une formation culturelle, un sentiment d'appartenance et un héritage partagé, mais aussi et peut être avant tout une structure juridico-économique. L'efficacité déclinante de cette structure peut se voir clairement dans l'évolution de toute une série d'organismes juridico-économiques mondiaux, tels que l'OMC, l'Organisation mondiale du commerce, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international.
Ibidem, p. 407.

4
Le contrôle impérial opère par l'intermédiaire de trois moyens mondiaux et absolus : la bombe, l'argent et la communication. ...
Le développement des technologies nucléaires et leur concentration impériale ont limité la souveraineté de la plupart des pays dans le monde, dans la mesure où ils leur ont ôté le pouvoir de prendre une décision sur la guerre et la paix - ce qui est un élément fondamental de la définition traditionnelle de la souveraineté (note dt, cf la définition de Carl Schmitt). ...
L'argent est le deuxième moyen mondial de contrôle absolu. La construction du marché mondial a consisté d'abord à déconstruire monétairement les marchés nationaux, dissoudre les régimes nationaux et/ou régionaux de régulation monétaire, et subordonner ces marchés aux besoins des puissances financières. ...
La communication constitue le troisième moyen fondamental du contrôle impérial. La gestion de la communication, la structuration du système éducatif , et la régulation de la culture paraissent, aujourd'hui plus que jamais, des prérogatives souveraines. Tout cela, pourtant se dissout dans l'espace de la communication. Les sytèmes contemporains de communication ne sont pas subordonnés à la souveraieté ; c'est au contraire la souveraineté qui semble être subordonnée à la communication - ou plutôt, la souveraineté est énoncée et articulée à travers les sytèmes de communication. ...
Ces trois moyens de contrôle nous ramènent en fait aux trois étages de la pyramide impériale du pouvoir : la bombe est un pouvoir monarchique, l'argent un pouvoir aristocratique, la communication un pouvoir démocratique.
Ibidem, p.417-418-419-420.

5
A l'ère postmoderne, avec la dissolution de la figure du peuple, le militant est le seul qui exprime le mieux la vie de la multitude : l'agent de la production biopolitique et de résistance contre l'Empire. ...
Il est une légende ancienne qui pourrait servir à éclairer la vie future du militantisme communiste : celle de saint François d'Assisse. ...
Dans la postmodernité, nous nous retrouvons dans la situation de saint François, opposant à la misère du pouvoir la joie de l'être. C'est une révolution qu'aucun pouvoir ne contrôlera - parce que le biopouvoir et le communisme, la coopération et la révolution restent ensemble, en tout amour, toute simplicité et toute innocence. Telles sont l'irrépressible clarté et l'irrépressible joie d'être communiste.
Ibidem, p. 495-496.

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